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Incursion turque en Syrie: un test pour une vaste agression?

Incursion turque en Syrie: un test pour une vaste agression?
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Par Samer R. Zoughaib

Les autorités syriennes ont vigoureusement dénoncé l'incursion turque dans le nord du pays, dans la nuit du samedi 21 au dimanche 22 février, la qualifiant «d'agression flagrante». Cette opération militaire destinée, officiellement, à évacuer une tombe ottomane, a des objectifs bien plus importants et des implications beaucoup plus graves.

Le ministère syrien des Affaires étrangères a révélé que le gouvernement turc avait informé leIncursion turque en Syrie: un test pour une vaste agression? consulat syrien à Istanbul au sujet de ses plans concernant la tombe de Suleiman Shah, le grand-père de Othman 1er, le fondateur de l'Empire ottoman. Mais la Turquie n'a pas attendu l'autorisation de Damas et a mené une opération de sauvetage des reliques et des 40 soldats turcs qui gardaient le sanctuaire. Le vice-ministre syrien des Affaires étrangères, Faisal al-Mokdad, a accusé la Turquie de violer la souveraineté syrienne et a averti que son pays a le droit de se défendre.

Le communiqué de la diplomatie syrienne indique que l'incursion constituait une violation d'un accord signé en 1921 et rend Ankara responsable des conséquences qui pourraient avoir lieu à la suite de cette opération.

Cette manœuvre, coordonnée avec les Kurdes, a fait une victime dans les rangs des soldats turcs, tombée accidentellement. Les reliques ont été transportées dans une région de Syrie non loin de la ville de Aïn al-Arab (Kobané).

Mais au-delà de la version officielle et des faits sur le terrain, cette opération militaire soulève une foule de remarques qui permettent de décrypter les intentions d'Ankara, qui appuie les groupes les plus extrémistes de la rébellion en Syrie: 

- L'incursion des forces turques en Syrie est un précédent qui pourrait servir de prétexte à d'autres forces ou pays pour intervenir en Syrie. Il s‘agit d'un test ou d'une répétition générale avant une intervention turque -ou autre- plus vaste sur le théâtre des opérations syrien.

- Le mausolée de Suleiman Shah a été transporté dans une autre région du territoire syrien, éloignée de 300 mètres de la frontière. Cela signifie que l'armée turque s'arroge le droit d'intervenir quand bon lui semble en territoire syrien, sans mandat des Nations unies.

- Cette opération remet sur le tapis la question de l'établissement d'une zone tampon en Syrie, comme premier pas vers la zone d'exclusion aérienne, souhaitée par Ankara depuis le début de la crise syrienne.

- L'incursion a été menée par quelque 700 militaires et une centaine de véhicules blindés, dont 40 chars, à un endroit situé à 37 kilomètres de la frontière. L'opération s'est déroulée sans aucun accrochage avec les combattants de l'organisation terroriste de «Daech», fortement présente dans la région. Cela montre l'étroitesse des relations entre les autorités turques et «Daech». Des sources de «Daech» ont indiqué que les 40 soldats turcs qui protégeaient le mausolée étaient nourris par l'organisation. Cette situation a amené de nombreux analystes à parler d'un pacte de non-agression entre la Turquie et «Daech».

- Le fait que «Daech» n'a pas attaqué la tombe jusqu'à présent, alors qu'elle a détruit des mausolées historiques appartenant à de grandes figures de l'islam, confirme la profondeur des liens entre le gouvernement turc et ce groupe terroriste.

- L'incursion turque est un étalage de force qui illustre la grande inquiétude d'Ankara face aux avancées de l'Armée arabe syrienne et de ses alliés aussi bien dans le sud que dans le nord du pays. C'est une réaction à l'offensive syrienne au nord d'Alep, où les groupes extrémistes, soutenus par la Turquie, se sont effondrés devant la progression de l'armée syrienne, avant de se ressaisir après les renforts envoyés directement de Turquie.

- Il est peu probable que cette incursion ait pu avoir lieu sans le feu vert américain. D'ailleurs, elle est intervenue après une nette amélioration des relations entre Ankara et Washington, qui a annoncé le début d'un programme d'entrainement des rebelles syriens en coopération avec la Turquie. Il faut souligner, aussi, une amélioration des relations entre l'Arabie saoudite et la Turquie, au détriment des relations entre Riyad et Le Caire. L'Egypte, il faut le rappeler, dénonce les ingérences turques dans ses affaires intérieures. Il semble que le nouveau roi saoudien, Salmane Ben Abdel Aziz, soit moins allergique aux Frères musulmans -qui gouvernent en Turquie et qui ont été chassés du pouvoir en Egypte- que son prédécesseur Abdallah. 

Ces repositionnements laissent présager l'apparition d'une nouvelle alliance entre la Turquie, le Qatar (tous deux proches des Frères musulmans) et l'Arabie saoudite wahhabite. La naissance de cet axe est le signe d'une grave escalade régionale, à un moment où les négociations de Genève entre l'Iran et les grandes puissances se poursuivent à Genève dans le but d'éviter au Moyen-Orient le déclenchement de guerres destructrices. 

Source : French.alahednews

 

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