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Pourquoi Dorothy Shea veut-elle ressusciter le 14-Mars ?

Pourquoi Dorothy Shea veut-elle ressusciter le 14-Mars ?
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Par Samer Zoughaib

Alors que le gouvernement est mobilisé depuis des semaines pour gérer la riposte au coronavirus qui a menace l’humanité, les vestiges du 14-Mars reprennent du service. Les figures de cette coalition politique proche des Etats-Unis et de l’Arabie saoudite, mille fois enterrée et autant de fois déterrée, ont lancé une virulente campagne de dénigrement contre le Premier ministre Hassan Diab et le mandat du président Michel Aoun, insoucieux du moment difficile que traverse le pays, déjà meurtri par une crise économique et financière sans précédent.

Walid Joumblatt ouvre les hostilités

C’est le chef du Parti socialiste progressiste (PSP), Walid Joumblatt, qui a donné le signal de cette nouvelle charge. L’ancien député du Chouf a accusé, le 17 avril, M. Diab de planifier un «putsh politico-financier pour s'emparer du pays, à la manière du Baas», après les informations selon lesquelles le gouvernement projetterait un «haircut» (ponction) qui toucherait les dépôts bancaires de 2% des riches épargnants.

Cette mesure vise à couvrir une partie des 83 milliards de dollars de pertes dues aux politiques financières adoptées depuis plus de 25 ans au Liban. 

Certains analystes pensent que le ton élevé et belliqueux de M. Joumblatt participe d’une manœuvre de chantage liée aux nominations sécuritaires et financières envisagées par le gouvernement. Le leader du PSP exige de choisir les candidats druzes à ces postes, plus particulièrement le chef de la police judiciaire, où M. Diab souhaiterait nommer un officier connu pour ses compétences, qui n’est pas proche de Joumblatt tout en étant agréé par l’émir Talal Arslan.

Des indices révélateurs

Certes, M. Joumblatt a l’habitude de recourir à de tels procédés lors des nominations, qu’il refuse obstinément de partager avec les autres leaders druzes du pays. En effet, son influence au sein du système politique libanais repose en grande partie sur la présence de ses partisans dans l’administration publique et les institutions étatiques. Mais une série d’indices et d’événements révélateurs, survenus en un court laps de temps, laissent penser que la décision d’affaiblir et de paralyser le gouvernement de Hassan Diab a été prise par l’alliance des politiciens et des financiers qui tiennent les rênes du pays depuis 1992.

Les propos de M. Joumblatt ne peuvent pas être isolés du retour à Beyrouth, le jour-même, de l’ancien Premier ministre libanais Saad Hariri. Le chef du Courant du futur se trouvait à Paris depuis le début de la crise du coronavirus au Liban, à la mi-février.

Dans le même temps, le leader druze a dépêché à Meerab les députés Akram Chéhayyeb et Nehmé Tohmé pour rencontrer le chef des «Forces libanaises», Samir Geagea.

Cette gesticulation politique à l’ère du confinement s’est accompagnée d’une reprise des rassemblements anti-gouvernementaux, notamment au Liban-Nord, sous des prétextes liées aux difficultés économiques rencontrées par de nombreux libanais. Pourtant, la gestion de la crise sanitaire et ses effets sociaux et économiques par le gouvernement est louée même par ses contempteurs, bien que les moyens sont modestes et les besoins colossaux.

Autre indice, la publication par «La rencontre de Saydet al-Jabal», animée par l’ancien député Farès Souhaid, d’un communiqué appelant à un «changement radical commençant par la tête de la pyramide, qui libèrerait la présidence de la République». Ce rassemblement, dont la principale raison d’être est d’attaquer le mandat du président Aoun et la Résistance, s’est réveillé après un long sommeil, à un moment où le Liban a besoin de stabilité politique pour faire face aux multiples crises auxquelles il est confronté.

Washington souhaite l’échec du gouvernement Diab

Ce regain d’activité intervient alors que la nouvelle ambassadrice des Etats-Unis, Dorothy Shea, qui a passé une bonne partie de sa carrière diplomatique en «Israël», vient de prendre ses fonctions au Liban. Deux jours avant les propos de Joumblatt accusant M. Diab de vouloir mener un «putsh politico-financier», elle se trouvait chez le leader druze. Lundi 20 avril, elle était à Meerab, pour rencontrer M. Geagea.

Selon des informations concordantes, Mme Shea encouragerait les «opposants» au gouvernement à coordonner leur action dans la période à venir. Cela ne signifie pas forcément qu’il existe un plan américain intégré, comme du temps de Jeffrey Feltman, véritable chef d’orchestre du 14-Mars. Mais les Etats-Unis ne souhaitent pas le succès du gouvernement Diab, surtout que sa gestion exemplaire de la crise sanitaire montre clairement ce dont il était capable de faire.

Si le même succès était enregistré dans la réponse à la crise économique et financière, Washington perdrait son principal levier de pression, qu’il brandi pour essayer d’arracher au Liban des concessions politiques concernant la Résistance et le tracé des frontières terrestres et maritimes.

Une fois de plus, la convergence d’intérêts entre les vestiges du 14 mars et l’administration américaine se manifeste clairement. Les réformes financières envisagées par le gouvernement, qui ne reposent pas à ce stade sur les diktats du Fonds monétaire international (FMI), affaibliraient la caste des financiers et redéfiniraient drastiquement le paysage bancaire du pays. Le Liban pourrait alors reconstruire son économie et son système financier sur des bases plus saines et moins dépendantes.

Pour étouffer dans l’œuf cette velléité d’indépendance, les vestiges du 14-Mars ont décidé d’ouvrir, préventivement, les hostilités avec le gouvernement, même s’il faut pour cela recourir à la rue, au mépris de toutes les règles du confinement, et alors que le pays tente de freiner la progression du coronavirus. 

L’heure de vérité est arrivée. Le mouvement de contestation, qui affirme depuis le 17 octobre vouloir se débarrasser de la classe politique «corrompue», accepterait-il de défendre les intérêts d’une poignée d’hommes politiques et de grands financiers qui ont mené le pays à sa ruine ?

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