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À travers le plan contre le coronavirus, le Hezbollah envoie des messages dans trois directions

À travers le plan contre le coronavirus, le Hezbollah envoie des messages dans trois directions
folder_openPresse occidentale access_timedepuis 2 mois
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Par Scarlett HADDAD, OLJ

Annoncé mercredi soir par le président du conseil exécutif du Hezbollah Hachem Safieddine, le plan du parti chiite pour faire face à la crise provoquée par le coronavirus a été largement commenté par les milieux politiques. Le camp hostile au Hezbollah y a vu la confirmation du fait que ce dernier constitue «plus qu’un mini-État dans l’État», avec la mobilisation de 24 000 personnes (entre médecins, infirmiers et volontaires) et la préparation de locaux dans plusieurs régions libanaises pour accueillir les patients qui doivent être mis en quarantaine.

Pour ce même camp, le Hezbollah ne rate donc pas une occasion d’étaler sa force. Jusqu’à présent, il s’agissait de sa puissance militaire en tant que mouvement de résistance contre les Israéliens et les jihadistes wahhabites, selon les propres termes de son secrétaire général. Mais désormais, il cherche à imposer sa supériorité, même dans des domaines civils, comme la santé de ses partisans. Il a beau prétendre que ce plan se veut complémentaire avec l’action de l’État, mais en réalité, il est essentiellement un étalage de force, d’organisation et de discipline pour montrer qu’il est plus efficace que l’État.

Du point de vue du Hezbollah, ces critiques et toute cette polémique sont injustifiées. Selon des sources proches du parti, l’annonce de ce plan était porteuse de trois messages principaux. Le premier était adressé à toutes les parties locales et internationales qui ont cru et affirmé que le Hezbollah est brisé par la dureté des sanctions qui lui sont imposées par plusieurs pays du monde, en tête les États-Unis et leurs alliés les plus proches. Ces acteurs – qui guettent chaque fin de mois pour voir si le Hezbollah a pu payer les salaires de ses partisans ou s’il y fait des coupures sévères par mesure d’économie, ce qui devrait avoir un impact sur sa popularité – devraient donc voir qu’en dépit des sanctions sévères dont il fait l’objet et qui sont destinées à l’empêcher de recevoir des dons en espèces, le parti a toujours les moyens de financer un vaste plan de lutte contre le coronavirus, qui couvre plusieurs régions. Le premier message donc se veut un camouflet aux sanctions et à ceux qui les imposent pour qu’ils constatent de visu que lorsqu’il le faut, le Hezbollah sait trouver des fonds pour veiller sur sa base populaire.

Le deuxième message s’adresse d’ailleurs justement à cette base. C’est un peu comme si le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, déclare à ses partisans et à leurs proches: nous vous avons toujours demandé d’envoyer vos enfants se battre sous notre bannière pour les causes que nous estimons justes. Aujourd’hui, nous voulons vous rendre une partie de vos sacrifices en nous occupant de votre santé et en faisant de notre mieux pour la protéger.

Pour ceux qui ne connaissent pas bien le Hezbollah et la relation qui le lie à son assise populaire, il faut préciser qu’elle est bâtie sur une grande confiance. Lorsque le Hezbollah a commencé à apparaître sur la scène libanaise, à travers des opérations de résistance contre l’occupation israélienne et la milice qui lui était affiliée, l’Armée du Liban-Sud, il s’agissait d’un petit groupe de jeunes auxquels personne n’accordait une grande importance et que l’armée avait pour ordre d’arrêter (dans les années 80), jusqu’à la désignation d’Émile Lahoud à la tête de l’armée en novembre 1989. À partir de cette date, le Hezbollah a commencé à se développer et à devenir de plus en plus populaire sur la scène chiite. Cette popularité était due à trois facteurs essentiellement: d’abord, la dimension de résistance contre l’occupant israélien qui donnait un sentiment de fierté et de dignité aux habitants du Sud et de la Békaa-Ouest, qui avaient longtemps souffert des exactions israéliennes et, avant cela, de l’omniprésence des factions palestiniennes. Ensuite, la dimension religieuse, qui est très importante pour la communauté chiite, enfin la dimension sociale, le Hezbollah ayant construit des écoles, des hôpitaux et même une université qui n’étaient pas réservés à leurs partisans, mais accessibles à toute la communauté. C’est en raison de ces trois dimensions qu’une relation de confiance s’est établie entre le Hezbollah et l’assise populaire, renforcée par les victoires successives remportées sur les champs de bataille.

En lançant ce vaste plan aux multiples volets de lutte contre le coronavirus, le Hezbollah montre à ses partisans et à l’ensemble de la communauté qu’il se soucie réellement de leur bien-être et que, lorsque leur santé est en jeu, il frappe fort. Hassan Nasrallah avait d’ailleurs annoncé la couleur lorsque, dans un de ses discours récents, il avait comparé le virus à une guerre qu’il faut mener avec des armes, une armée, une grande discipline et surtout beaucoup de foi. En expliquant son plan et en commençant à agir effectivement sur le terrain à partir de jeudi, le Hezbollah a donc voulu impressionner son assise populaire, surtout dans cette bataille qui la touche. Il a aussi voulu dire à « ses gens » que lorsque leur santé est en jeu, il se place en première ligne pour les défendre et les protéger, comme il l’a fait sur les champs de bataille militaires.

Le troisième message du Hezbollah s’adresse à tous les Libanais. En élargissant son action à des régions qui ne sont pas exclusivement chiites et en englobant dans son plan les camps des réfugiés palestiniens et ceux des déplacés syriens, le Hezbollah a voulu montrer sa solidarité avec tous les Libanais et avec tous ceux qui résident sur le territoire. Dans son discours, Nasrallah avait d’ailleurs affirmé qu’il s’agissait d’une bataille humanitaire par excellence et que, par conséquent, il ne fallait pas faire de distinction confessionnelle ou régionale dans la lutte contre le virus.

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