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Discours pour le 31ième anniversaire de la fondation de Jihad al Binaa

Discours pour le 31ième anniversaire de la fondation de Jihad al Binaa
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Au nom de Dieu

Après avoir souhaité la bienvenue  à tous les frères et les sœurs, je voudrais les féliciter pour le 31ième anniversaire de la Fondation  officielle de Jihad al Binaa. Je voudrais remercier tous ceux qui ont contribué à cette association pendant toutes les étapes de son parcours, les plus difficiles et les plus actives. Je voudrais commencer mon discours par un hommage aux martyrs de cette association. D’abord, le frère et ami l’ingénieur Nizar Saleh, le frère martyr Mohammed Taleb, le frère martyr Ghassan Aknan, le frère martyr Loutfi Madi, le frère martyr Mohsen Bajiji. Parce que l’action de cette association est le fruit des efforts de plusieurs générations, pendant 31 ans, je voudrais aussi rendre hommage à tous les directeurs généraux, les directeurs, les ingénieurs, les responsables et tous ceux qui ont travaillé et qui travaillent encore dans cette institution, qui y ont assumé des responsabilités  avant d’en assumer d’autres, toujours dans le cadre de notre parcours. Je voudrais mentionner en particulier le frère ingénieur hajj Mohammed al Hajj, le directeur général qui a assumé cette responsabilité pendant des années  et son successeur  le frère ingénieur Mohammed Khansa. Je voudrais aussi demander à Dieu Tout Puissant d’aider tous les frères et les sœurs qui travaillent dans cette institution au service des gens. Servir les gens est en effet dans notre culture et dans notre foi. Un des principaux piliers de l’action jihadiste est de servir les gens, de souffrir et de peiner pour eux et pour les aider à s’assurer une vie digne, sûre et heureuse.

J’ai dit au début du discours que la fondation officielle de Jihad al Binaa a eu lieu en 1988 ; Je veux dire que c’est à cette époque qu’elle a obtenu une licence officielle du ministère concerné. Mais en réalité, l’action de cette institution a réellement commencé en 1985, à cette époque à titre non officiel.

La création de cette institution avait été dictée par deux événements. D’abord, l’explosion de Bir el Abed, et toutes les destructions qu’elle avait provoquée dans les maisons, les immeubles et les biens. Ensuite, le début d’une nouvelle étape dans l’action de la résistance. En 1985, nous nous en souvenons tous, les Israéliens se sont retirés de la côte, c’est-à-dire de Saïda et de Tyr, ainsi que de Nabatiyé et d’une grande partie de la Békaa Ouest, pour rester dans ce qu’on a appelé à l’époque la bande frontalière, jusqu’en 2000. Cela a signifié qu’il y avait désormais une ligne de démarcation entre la résistance et l’occupation, avec des actions quotidiennes et des agressions israéliennes quotidiennes aussi. Ces agressions touchaient des maisons, des biens publics, des champs cultivés, des fermes et il fallait donc, dans le cadre de nos responsabilités, relever ce nouveau défi, en fait les deux défis et c’est pour cette raison que Jihad al Binaa a été créée.

Par loyauté, je dois préciser qu’à cette époque, en 1982, il n’y avait pas encore le poste de secrétaire général  du Hezbollah. Nous avions un conseil consultatif, qui existe toujours, mais nous n’avions pas de secrétaire général. Le martyr sayed Abbas étai l’un des principaux membres du Conseil consultatif et il était l’un des plus enthousiastes pour la création de Jihad al Binaa et pour la réalisation de ce projet. Il l’a adopté et l’a défendu moralement, matériellement et financièrement et il oeuvrait constamment pour son renforcement et pour le faire évoluer.

Depuis le début, cette institution faisait partie de la résistance. Aujourd’hui, en cette période de sanctions,  certaines institutions préfèrent prendre leurs distances avec le Hezbollah pour ne pas être englobées par les sanctions. Ce n’est pas le cas de Jihad al Binaa qui est fière d’être partie intégrante du Hezbollah, tout comme nous sommes fiers d’elle.

Depuis le début, donc Jihad al Binaa faisait partie du Hezbollah. Une des particularités de la résistance islamique au Liban, pour ceux qui veulent analyser cette expérience, est qu’elle ne s’est pas contentée de l’action militaire sur le terrain, elle a aussi agi dans les autres domaines qui complètent cette action.

Depuis le début, l’action militaire était certes principale. Il était clair pour nous qu’Israël ne quitterait pas notre sol sans combat. Mais à côté de l’action militaire, qui se concrétisait à travers la création des unités jihadistes, le Hezbollah a concentré ses efforts sur d’autres domaines. Notamment l’action politique pour protéger l’option de la résistance dans toutes les positions, avant le Parlement et au sein du Parlement, au gouvernement et à travers les positions politiques et les alliances. Il fallait aussi travailler sur le plan moral et culturel ainsi que sur le plan médiatique pour faire prendre conscience de l’importance de l’option de la résistance, dans le cadre de la guerre psychologique. Il fallait aussi travailler avec les familles des martyrs, des blessés, des otages. Il fallait encore s’occuper de la santé, à travers les hôpitaux et les dispensaires, les pharmacies, la défense civile… Il y avait encore les maisons et les constructions pour permettre aux gens de rester chez eux, sur leurs terres, chaque fois que les Israéliens bombardaient les villages et les localités, détruisant les habitations et les biens. Il fallait dans ce cas, réparer les constructions détruites au plus vite pour que les gens ne soient pas contraints à l’exode. C’est ce qu’a accompli Jihad al Binaa.

Pour chaque aspect de la lutte et pour chaque domaine, nous avions des institutions et des cadres structurels. Jihad al Binaa a pris en charge tout l’aspect qui porte sur les gens qui vivent dans les localités du sud et de la Békaa, car jusqu’en 2000, la Békaa a énormément contribué à la résistance et elle était régulièrement bombardée par l’aviation israélienne qui causait des martyrs, des blessés et des destructions.

L’institution Jihad al Binaa a occupé cette place et elle a assumé cette responsabilité dans le parcours de la résistance, dans ce domaine. Parce que la résistance était un tout et était active dans tous les domaines, sans se concentrer sur un seul au détriment des autres et oparce qu’elle regroupait des gens sincères et dévoués qui ne songeaient qu’à servir la cause, chacun selon ses capacités, elle a pu remporter la grande victoire de 2000 et à la libération qui a eu lieu à cette date.

Ce sont donc les débuts de Jihad al Binaa et sa place au sein de la résistance depuis le début. Elle a réussi à donner jusqu’en 2000 des services concrets et efficaces, dans toutes les maisons endommagées par les bombardements et sur le plan des meubles détruits ou brûlés. Elle réglait aussi les cas de vitres brisées, de portes et de fenêtres cassées et donnait des aides aux agriculteurs, en plus de celles que donnait l’Etat à travers le Conseil du Sud.

Avant 2000, toutes les aides fournies par Jihad al Binaa venaient de l’appui de la République islamique d’Iran et des dons de ceux qui croyaient dans la voie de la résistance.

Après 2000, nous avons affronté un grand défi en 2006, la guerre, la résistance et la victoire en juillet et août de cette année.  Je voudrais revenir un peu à cette période que mes frères ont évoquée avant moi. EN 2006, lorsque l’agression s’est arrêtée- car jusqu’à présent, il n’y a pas encore d’accord de cessez-le feu-, face à l’ampleur impressionnante des destructions, les forces régionales et internationales ainsi qu’Israël lui-même avaient misé sur le choc des habitants qui devaient retourner chez eux le 14 août. Dans leur point de vue, en voyant l’ampleur des destructions, les gens allaient se mettre en colère et se retourner contre le Hezbollah, transformant sa victoire militaire en défaite populaire.  Je ne cherche pas à raviver les blessures et je ne veux pas répéter ce qu’avaient dit certaines personnes, dont des responsables libanais, sur ce sujet. Mais nous avions prévu ce scénario et nous avions commencé deux semaines avant la fin de l’agression – car nous étions convaincus que cette agression allait s’arrêter- à mettre au point un plan en prévision du jour où l’agression s’arrêterait.  Jihad al Binaa en était un pilier, ainsi que les autres formations du Hezbollah, en particulier dans les différentes régions.

Le plan prévoyait un déploiement immédiat de nos équipes techniques et de nos ingénieurs et entrepreneurs pour effectuer aussi rapidement que possible un état des lieux juste après la fin de l’agression.  Dans les maisons qui pouvaient être réparées, les travaux devaient commencer immédiatement et lorsque les maisons étaient totalement détruites, il fallait trouver des logements à leurs habitants. Nous devions les aider à louer un domicile pour un ou deux ans. Nous nous sommes aussi chargés de leur offrir un ameublement acceptable en quelques jours. Sans exagérer, je peux dire que tout cela a été accompli dans les plus brefs délais, grâce à Jihad al Binaa et aux autres formations du Hezbollah, car notre priorité  était à assurer un toit aux gens, notamment aux familles.  Sans exagérer, je peux dire que le gros de ce travail a été accompli en deux semaines alors que les travaux de réparation avaient été immédiatement entamés. Ceux qui avaient misé sur le fait que les gens que j’appelle « les gens les plus nobles et les plus généreux », allaient se retrouver dans la rue, sans toit ni ressources après  la fin de l’agression, ont donc perdu leur pari ; Certains pensaient que lorsque les gens se retrouveront à la rue ou dans les espaces publics sans ressources, il sera possible de leur venir en aide en cherchant à les humilier. Mais cela non plus n’a pas été possible, car en deux semaines, après la fin de l’agression, il n’y avait plus personne dans la rue.

J’ai voulu m’arrêter sur cet épisode de la guerre de juillet 2006, parce que je crois que cette expérience est unique dans l’histoire de l’Humanité. Si quelqu’un a un exemple similaire à nous présenter qu’il le fasse. Mais moi je pense  que ce qui s’est passé à cette époque n’a pas d’égal dans l’histoire de l’humanité, même dans les guerres modernes et même dans les pays aisés. Chez eux, ce n’est peut-être pas l’argent qui manque. Mais le savoir-faire, l’efficacité et le véritable sens des responsabilités. Ils manquent aussi de personnes compétentes et de détermination et leurs gens restent pendant des années hors de leurs maisons détruites.

De cette expérience unique et du giron de Jihad al Binaa, l’institution Waad est née. Elle a achevé sa mission en 5 ans, tenant ainsi sa promesse. Il faut préciser ici que la principale aide est venue de la République islamique d’Iran. Il y a eu aussi l’aide donnée par le gouvernement aux familles  dont les maisons ont été endommagées et qui ont été remises directement à Waad. Mais certaines sommes promises n’ont pas encore été versées. Malgré cela, le projet Waad a pu être achevé en 5 ans.

Cette expérience est magnifique, immense et grandiose et nous devons toujours chercher à en profiter.

Après 2006, Jihad al Binaa s’est dirigée vers la dimension spécialisée.  Il n’y avait plus de lignes de démarcation, de réhabilitation des maisons et Dieu merci, les agressions se sont arrêtées, du moins dans leurs formes précédentes. Car nous considérons les violations de notre espace aérien et de nos eaux territoriales comme des  agressions. La nouvelle mission de Jihad al Binaa est donc devenue plus ciblée. Il s’agit d’aider les agriculteurs, de travailler dans le domaine de l’environnement, des coopératives et de contribuer à donner aux gens des formations professionnelles et artisanales.

Au cours des dernières décennies, les frères et les sœurs de Jihad al Binaa  ont travaillé sur plusieurs projets qui ont été développés dans le rapport que vous avez vu et à travers le discours du secrétaire général. Mais je voudrais  aborder certains d’entre eux, au cas où certains n’ont pas pu voir le documentaire ni écouter le directeur général.

Il y a ainsi ce que les frères à Jihad al Binaa appellent «le bon arbre» qui vise à lutter contre la désertification.  Ce problème existe au Liban, car de nombreuses régions jadis pleines de  forêts sont devenues du béton ou des pierres. D’autres zones se dirigent vers la désertification, car des gens coupent les arbres pour utiliser leur bois. Il y a aussi une crise au niveau de la surveillance des forêts et un problème dans la prolifération anarchique et désordonnée des carrières ... Toutes ces raisons et sans doute d’autres font que le Liban vert que nous chantons est menacé de devenir une forêt de béton.

C’est donc un véritable problème qui menace le Liban. L’une des missions de Jihad al Binaa, cette institution du Hezbollah, est de faire face au danger de la désertification. L’un des aspects de cette mission consiste à planter massivement des arbres, en coopération avec les villes, les municipalités et les localités pour répandre «la culture des arbres».

Dans le passé, ils m’avaient impliqué dans ce projet et j’ai appris comment planter un arbre. Nous sommes d’ailleurs des fils de cultivateurs et de paysans, mais nous nous sommes éloignés de l’agriculture. En tout cas, ce projet a démarré et il doit se poursuivre.

Pour information, il faut préciser que sur une initiative du président Bachar Assad et avant lui, de son père Hafez Assad, un grand nombre de plants ont été distribués aux localités, aux municipalités, aux coopératives et aux associations en provenance de Syrie pour être plantés au Liban. Cette initiative s’est poursuivie pendant les années de guerre et au cours des dernières années, 10 600 000 plants ont été semés au Liban et cela en plus du million que nous avions plantés dans le cadre du projet «un million de plants». J’avais d’ailleurs eu l’honneur de planter la millionième plante.

Sous ce titre, je voudrais lancer un appel à tous les Libanais, dans toutes les régions, de préserver ce qui a été planté, chaque arbre et chaque plante et tout ce qui est vert. De plus, il faut continuer à planter, des arbres et des plantes dans toutes les régions, le long de la frontière et ailleurs. C’est une responsabilité nationale, morale, de santé et écologique. L’utilité de la verdure est incontestable. Il s’agit même d’une responsabilité religieuse, pour les croyants pratiquants qui pensent à leur fin et à obtenir une place au paradis. A ceux-là je voudrais dire que ceux qui plantent un arbre se rapprochent de Dieu. Cela figure dans les Livres sacrés musulmans, chez les sunnites et chez les chiites. C’est donc un des aspects de la foi.

Le projet « du bon arbre » fait donc partie des responsabilités de Jihad al Binaa qui coopère dans ce domaine avec toutes les parties concernées, les ministères, les administrations, les municipalités, les gens. Cela doit être un objectif important, présent jour et nuit.

Le second projet important de Jihad al Binaa est ce que cette institution appelle «  la base des travaux ». Il s’agit en fait d’assurer des emplois, sachant qu’il s’agit aujourd’hui d’un grand problème, que l’on traite parfois sérieusement et parfois à travers de simples slogans.

En ce qui concerne Jihad al Binaa, il s’agit donc d’assurer des formations techniques et artisanales aux gens, à tous ceux qui le souhaitent. Il s’agit aussi d’organiser des sessions d’orientation, en vue d’aider les gens à trouver des emplois, ou à écouler leur production.

C’est aussi un objectif très important, qui est sérieusement au service des gens. Car nous voulons une société active, dynamique, productive. Même dans notre vocabulaire religieux, il s’agit de valoriser la dignité du travail et la place du travailleur. Par travailleur, je ne veux pas simplement viser l’ouvrier, mais tous ceux qui gagnent leur vie en travaillant. Le travailleur est comme le moujahid.

Nous ne voulons pas d’une société paresseuse, qui compte sur les autres pour produire. Certes, il y a des gens qui ne peuvent pas travailler. Il est de notre devoir de les aider. Même dans notre religion, le prêt est prévu, ce qu’on appelle le « bon prêt », sans intérêt, car il permet de résoudre un problème, pour celui qui n’a pas les moyens. En lui donnant un prêt sans intérêt, on lui permet de relancer la vie économique, on crée un dynamisme, tout en lui permettant de gagner sa vie à la sueur de son front et grâce à ses propres efforts.

C’est donc la seconde mission qui doit être poursuivie, indépendamment de son impact réel.

La troisième mission a pour titre « le marché des réserves ». Il s’agit de foires pour exposer les produits agricoles et artisanaux, sous le titre « ma terre », dans les villes et les villages. Ce projet a été lancé il y a quelques années et il a enregistré un franc succès avec une participation de la plupart des régions et des localités libanaises. Ils sont venus de partout pour exposer leurs produits et il y a eu une large opération d’achat, et donc de vente. De plus, ce genre de foires permet l’émergence d’une relation directe entre le cultivateur, le producteur et le consommateur. Ces foires éliminent les distances et font faire des économies au consommateur, tout en permettant au producteur et au cultivateur d’écouler rapidement ses produits.

J’appelle d’ailleurs à la multiplication de ces foires, quelles que soient les circonstances.

La quatrième mission de Jihad al Binaa c’est « le projet Abbas ». Il s’agit d’un projet pour assurer l’eau potable dans la banlieue sud. Je voudrais dire à ceux qui nous écoutent au Liban et à l’étranger, que dans la banlieue sud- dont certains disent qu’elle compte entre 800 000 et un million ou plus d’habitants-, il n’y a pas d’eau potable depuis des dizaines d’années. Les habitants de la banlieue sud achètent l’eau potable des citernes ou en bouteilles. Je dirais même plus, l’eau qui n’est pas à boire est aussi à peine assurée. Près de 25% des besoins des habitants sont assurés et tout le reste doit être acheté. La banlieue sud c’est aussi le Liban. Et quand on parle de développement équitable, on l’oublie. Les régions déshéritées, ce n’est pas seulement la Békaa, le Akkar et Baalbeck. C’est aussi la banlieue sud. Cette région qui est privée d’eau, pourtant un élément primaire que Dieu donne aux humains. L’eau, c’est un des droits de base des citoyens. Mais la banlieue sud en est privée. Certes, il y a des projets que les députés et certains ministres suivent. J’espère que dans un an et demi ou même plus, ils aboutiront. Mais j’ai voulu soulever cette question. J’ai même demandé à un frère qui a près de 45 ans : depuis quand il n’y a pas d’eau potable dans la banlieue sud ? Il m’a répondu : je ne me souviens pas qu’il y en ait jamais eu.

Depuis sa création, Jihad al Binaa s’est penchée sur ce problème. Dans la banlieue sud, il y a près de 134 réservoirs d’eau. Certains sont grands, d’autres moins. Ils ont été financés par la République islamique d’Iran et nous avons dressé les drapeaux de l’Iran sur leurs toits. Certains ont protesté. Ils ne veulent pas nous aider, ni donner aux habitants de la banlieue sud leur droit élémentaire et ils veulent nous empêcher de remercier ceux qui nous aident à leur place…

Ce projet se poursuit encore aujourd’hui. Il fait d’ailleurs l’objet d’un intérêt particulier de la part de la Fédération des municipalités de la banlieue sud. Il s’agit d’assurer l’eau dans les réservoirs, de la stériliser et d’assurer la maintenance de ces mêmes réservoirs. Ce projet se poursuit depuis des années et il continuera d’exister jusqu’à ce qu’un jour, grâce aux efforts des gens de bonne volonté, l’eau potable parviendra aux habitants de la banlieue sud à travers les robinets.

La cinquième mission porte sur les coopératives et la culture de l’action collective. Ce n’est pas une mince affaire. Il faut toute une préparation mentale et professionnelle, pour aider à la création de coopératives et pour qu’elles puissent être efficaces et durer. Nous avons surtout besoin de coopératives dans le domaine agricole. C’est le principal objectif de Jihad al Binaa après 2006. Je vais développer ce point avant d’évoquer rapidement quelques sujets politiques. Le secteur agricole est donc devenu la priorité de l’action de Jihad al Binaa. Il s’agit par exemple de donner des conseils, des consultations, des formations, des aides dans certains produits particuliers. Tout comme il faut aider dans l’écoulement des produits. Ce que fait Jihad al Binaa à ce sujet est très important.

Je vais m’arrêter un peu sur ce point. Le problème au Liban, c’est qu’il n’y a pas de vision. Lorsqu’ils parlent d’une vision d’avenir économique, en général, cela manque de sérieux.  Je dirais même qu’il n’y a pas de volonté réelle de mettre une échelle des priorités. Beaucoup d’études, de plans et de projets ont été faits. Mais ce qui nous manque vraiment au Liban, c’est une volonté réelle de planifier et d’aller concrètement vers le travail. En économie, il y a un point basique qui n’exige pas de grandes connaissances spécialisées. Il est simple : tout pays qui souhaite relancer son économie devrait avoir des secteurs productifs. Certains pays produisent du pétrole, du gaz, ils ont une suffisance économique interne. Ils distribuent leur argent dans le monde et provoquent des guerres. Pour tout cela, ils ont des secteurs productifs. C’est donc ce dont nous avons besoin au Liban.

Le Liban, de par son emplacement, sa géographie, son climat, ses habitants dans les régions éloignées, la nature de son sol, pourrait avoir un secteur agricole productif. Quels sont nos choix ? L’agriculture, l’industrie, le tourisme et les services. Bien entendu, il y a aussi le secteur du pétrole et du gaz. On verra ce qui en sortira.

Aujourd’hui, à cause de l’occasion, je me contenterai d’évoquer le secteur agricole. Jusqu’à présent, il n’y a pas de politique gouvernementale claire à ce sujet. Le problème n’est pas dans le ministre de l’Agriculture, indépendamment des capacités de ce dernier. Cette fonction a été occupée par des personnes du Mouvement Amal, du Hezbollah et d’autres formations. Mais avec son budget minimal et son manque de moyens, le ministère de l’Agriculture ne peut pas seul, relancer le secteur agricole. Cela exige un effort national général, de la part du gouvernement, des institutions et de tout l’Etat. Il faut élaborer une politique générale. Regardons autour de nous. La Syrie, malgré la guerre et le blocus, continue d’avoir un secteur agricole productif. Pourquoi ? Parce qu’il existe une politique gouvernementale qui, depuis le début, a pris en charge ce secteur, pour l’appuyer et le dynamiser. Cela existe aussi dans d’autres pays. Mais pas chez nous. Au contraire, au cours des années précédentes, nous avons assisté à une destruction systématique de ce secteur, en l’affaiblissant, en ne lui donnant aucun appui et aucun encouragement. Un des problèmes des agriculteurs libanais, c’est d’écouler leurs produits. Car leurs coûts sont élevés. Pourquoi leurs produits sont chers ? Car ils ne bénéficient d’aucune protection gouvernementale. Ni aucune aide. Ni pour réduire le coût de leurs produits, ni pour les aider à les écouler en leur trouvant des marchés. Les Libanais vont toujours vers les solutions les moins chères. Ils disent donc : fermons les frontières face aux produits importés. Comment protéger l’industrie ? En imposant des taxes et des impôts sur les produits importés. Mais cela ne relance pas le secteur agricole ou industriel. Cela doit faire partie d’un plan. Sinon, cela peut avoir des conséquences dramatiques financières, économiques et sociales. Nous avons donc besoin d’un plan sérieux, global au niveau gouvernemental et au niveau libanais. Regardez les projets de CEDRE. Quelle sera la part du secteur agricole ? Le problème est donc dans l’orientation, la culture, la vision et dans la décision. Si nous décidons d’avoir un secteur agricole productif, vous verrez les résultats.

Cela permettra d’offrir de nouveaux emplois, dignes, dans lesquels il n’y a pas un qui prendra la part de l’autre. De plus, cela permettra de développer les régions rurales. Or, un de nos problèmes au Liban, c’est la surpopulation dans la capitale et les grandes villes. Le développement du secteur agricole ramène les gens vers les régions rurales. De même, dans les régions rurales, l’environnement est plus sain. La vie y est plus familiale et cela permet donc d’avoir une meilleure vie sociale, tout en préservant la cellule familiale, qui est menacée dans les grandes villes. Dans les villes, les voisins dans un même immeuble se disputent sur une place de parking, sur le générateur électrique, sur tout.

Par contre, dans les régions rurales, chacun vit dans sa maison, devant laquelle il y a souvent un lopin de terre et un jardin. Les enfants peuvent jouer dehors, ils ne sont pas enfermés entre quatre murs et dépendants de l’internet. La nourriture et l’eau sont plus saines. L’air est plus pur. Développer les régions rurales est bénéfique à tous les points de vue et la responsabilité de Jihad al Binaa est de s’occuper de cet aspect.

Dans ce contexte, je lance un appel pour organiser « la semaine de la famille », tout comme on le fait pour la semaine de la résistance ou la semaine de l’unité islamique ou encore la Journée des plus faibles etc. A partir du 26 juillet à l’occasion du mariage béni de l’émir des Croyants l’imam Ali ben Abi Taleb et de Fatima, fille de Mohammed le Prophète. Nous profiterons de cette occasion pour mobiliser tous nos moyens, tous les cadres culturels, éducatifs et médiatiques pour sensibiliser les gens sur la famille et élaborer des plans pour la préserver.

C’est là un grand défi qui n’est pas moins important que le défi financier et économique. Il n’est pas moins important que le défi de la lutte contre la drogue. Le démembrement de la famille est une menace qui pèse sur tout le Liban. Elle ne touche pas une région ou une confession en particulier. Le pourcentage de divorces a augmenté dans tout le Liban. C’est un phénomène dangereux contre lequel il faut lutter. Si notre société se défait, de quel pays pourrons-nous alors parler ? A quoi servira CEDRE et les traitements du problème économique si notre société est divisée et perd ses valeurs dont celles de la famille ? L’homme et la famille constituent notre priorité.

Je vais aborder maintenant quelques questions politiques.

Le premier point que je voudrais soulever porte sur la loi sur le budget. Il y a eu à ce sujet un élément nouveau qui a suscité des commentaires. Ce qui est normal car c’est la première fois  que le bloc de la Fidélité à la Résistance vote en faveur du budget du gouvernement. Au cours des années précédentes, nous participions aux débats et dans le meilleur des cas, nous nous abstenions de voter en raison de remarques fondamentales essentielles liées au  budget. Cette année, en raison de données précises, notamment la situation économique qui exige la coopération de tous pour la traiter, nous avons adopté une position nouvelle. Certes, il y a des évaluations différentes de la situation économique et financière. Certains disent que nous sommes au bord de l’effondrement et d’autres disent que nous nous dirigeons vers l’effondrement, d’autres encore disent que la situation n’est pas si mauvaise, mais si nous continuons ainsi nous irons vers l’effondrement. Dans tous les cas, il y a une unanimité pour considérer que la situation est difficile  et qu’elle exige une coopération et le fait d’assumer des responsabilités. Nous autres, nous avions déclaré depuis le début des débats sur le budget que nous étions prêts à assumer les responsabilités nécessaires.

Nous nous sommes donc dirigés vers des discussions sérieuses. D’abord, au sein du Conseil des ministres. Certaines de nos remarques ont été prises en considération et d’autres non. Nous nous sommes ensuite dirigés vers la commission parlementaire des Finances. Nous y avons mené des discussions sérieuses, ainsi qu’au Parlement. Je ne sais pas, car je ne suis pas intensément cela, s’il y avait eu auparavant, au sein du gouvernement, de la commission des Finances et du parlement, des discussions aussi sérieuses, approfondies et ardues comme cela s’est passé cette année. Mais, selon mes souvenirs, il me semble que c’est la première fois que les débats ont été aussi précis, car , en réalité, tout le monde a travaillé sur ces dossiers. Car, le couteau menace les os. Ce qui est plus grave, car tant qu’il y a des muscles et de la graisse, ils protègent les os, lorsqu’il y a des plaies. Mais quand il n’y a plus cette protection, cela signifie que l’on se dirige vers la casse. Dans le cas échéant, cela signifie que le pays se casse. Donc, il faut noter qu’il y a eu un grand sérieux dans les débats au gouvernement, à la commission des Finances et au Parlement. D’abord pour exprimer notre volonté d’assumer les responsabilités et montrer notre sérieux dans l’approche du dossier économique et financier, ensuite, parce que nous voulions que le budget soit adopté par le Parlement tout en restant consistant et solide. Car s’il était faible et fragile, cela aurait eu un impact sur la réputation du Liban auprès des institutions de l’Etat et à l’étranger.

De plus, en plus du gouvernement, au sein de la commission des Finances et au Parlement en général, certaines de nos remarques ont été prises en considération. Nous sommes ainsi arrivés à la conclusion que si nous donnons notre confiance à ce budget, nous pourrons obtenir quelques acquis pour les gens. Ce qui est très important pour nous. Il ne s’agit évidemment pas d’acquis pour le Hezbollah en tant que parti, ni même d’acquis confessionnels ou concernant une région en particulier. Non, il s’agit d’acquis pour les gens. Je vais donner un exemple. Nous nous sommes opposés à l’idée de mettre un impôt de 2% sur les produits importés. Ce qui aurait touché de larges factions défavorisées de la population. Nous nous y sommes donc opposés, nous et d’autres forces politiques. Un compromis a été proposé : soit nous acceptons l’impôt de 2% sur tous les produits importés, qui aurait pu obtenir la majorité des voix au Parlement, soit nous le remplaçons par un impôt de 3% sur les produits importés considérés comme non essentiels, c’est-à-dire qu’il ne touche pas vraiment les classes défavorisées mais plutôt les couches aisées. Il y a eu aussi une discussion sur l’essence, qui devait être incluse dans l’impôt de 3%. Mais l’essence a été exclue à la dernière minute. Il y a eu aussi une discussion sur les cents millions sur lesquels la TVA est calculée alors qu’ils voulaient la calculer sur 50 millions. Même chose au sujet du fait d’exclure les professeurs de l’Université libanaise de l’interdiction d’embauche. Pour nous, l’UL est l’université des Libanais, de la patrie et des pauvres. Sans embauche de professeurs pendant 3 ans, son niveau peut régresser et tout le Liban an pâtirait. Car elle n’est pas l’université d’une partie, ou d’une confession, la pauvreté étant devenue un qualificatif qui englobe toutes les communautés et les confessions. Nous avons donc considéré que si ces remarques sont prises en considération, cela vaudrait la peine  que nous votions en faveur de la loi sur le budget, pour que ces points positifs et ces acquis se concrétisent.

C’est une première. Mais elle ne restera pas seule. C’est un début qui dit que le Hezbollah compte désormais assumer plus de responsabilités qu’auparavant dans le dossier économique et financier, à cause de sa nouvelle position influente dans l’équation libanaise.

Le second sujet que je voudrais aborder est les droits des Palestiniens en ce qui concerne le travail.

Sous le titre de vouloir assurer des emplois aux Libanais, ce qui est un objectif noble, utile et vrai, ils ont annoncé leur intention d’appliquer la loi sur le travail car les emplois sont en train d’aller, pour la plupart d’entre eux, aux non-Libanais. Il y a eu une confrontation avec la situation des travailleurs palestiniens. D’abord, il faut dire qu’il est malheureux que tout soit, au Liban, politisé. Tout est malheureusement utilisé  pour nuire à l’autre ou inciter contre l’autre, sur le plan interne. Nous avons ainsi entendu, le premier jour, lorsque nos frères palestiniens ont manifesté aux portes des camps contre la décision, certains dire que ces manifestations se déroulent sur une incitation du Hezbollah et du Hamas. Sur quelle base ont-ils dit cela ? Est-ce à dire que les Palestiniens et les non Palestiniens ont besoin d’être incités à manifester lorsqu’on cherche à les priver de leur travail et de leur gagne-pain, indépendamment des causes de la décision ? A mon avis, certainement pas. Au contraire, ils ont besoin d’être calmés et d’entendre qu’on leur dise on veut vous aider à régler ce problème. Mais comme d’habitude, au Liban, certains cherchent toujours à mettre en cause le Hezbollah. Ce n’est d’ailleurs pas seulement le cas au Liban, mais dans le monde. Il y a quelques jours, par exemple, John Bolton a déclaré que le Hezbollah est en train d’intervenir au Hezbollah et défend le président Maduro, tout comme il protège les régimes dictatoriaux en Amérique latine. Où ? En Amérique latine…

Pour en revenir à la question des Palestiniens, il faut rappeler  que certaines couches populaires  ont une sensibilité particulière sur ce sujet. Lorsqu’on vient leur dire que le Hezbollah pousse les Palestiniens à manifester, cela signifie qu’on les montre contre lui. Il s’agit en particulier des chrétiens. C’est immoral et honteux, car c’est un mensonge, c’est une injustice et une déformation des faits.

Le dossier du travail des Palestiniens devrait être abordé sous un angle humain, moral et légal, loin des surenchères. Il n’y a pas d’élections, avant deux ans et demi. Pourquoi dans ce cas, se précipiter sur les surenchères ? Je l’ignore, mais ce que je sais c’est que ce dossier doit être traité dans le calme.

A nos yeux, il y a une grande différence entre le travailleur palestinien et le travailleur non-palestinien. La priorité doit aller au travailleur libanais. C’est indiscutable. Mais lorsque nous voulons embaucher des travailleurs non-Libanais, le travailleur palestinien a deux particularités importantes :

La première est qu’il n’a pas de pays pour y revenir et travailler. Avec nos respects pour les travailleurs syriens, ils ont une chance de retourner dans leur pays et d’y travailler. Même chose pour le travailleur soudanais et pour le travailleur égyptien. Mais le travailleur palestinien, où peut-il aller ? Où est son pays ? Son pays est occupé. Lorsque les travailleurs palestiniens ont protesté, des voix libanaises leur ont répondu : rentrez chez vous et travaillez là-bas. Excellent, ouvrez-leur, dans ce cas, les frontières pour qu’ils reviennent en Palestine occupée. Allez-y. Vous voulez qu’ils rentrent dans leur pays, voici le chemin.

La première particularité est donc qu’ils sont des réfugiés depuis de longues années et ils n’ont pas de pays pour y revenir, car il est occupé.

La seconde particularité  est le fait que le sujet palestinien, dont le dossier des travailleurs, est lié à une cause politique et nationale. C’est une cause qui fait l’unanimité des Libanais et des Arabes en général. Il ne s’agit donc pas d’une question purement technique. C’est une question politique et stratégique par excellence. Il faut donc l’aborder sous cet angle. Nul ne doit confondre le fait d’accorder aux Palestiniens le droit au travail et leur implantation. Il n’y a aucun lien entre les deux. L’implantation est une chose et le fait d’accorder aux Palestiniens le droit au travail dans un cadre précis et avec certaines facilités en est une autre.

C’est pourquoi nous appelons au calme dans le traitement de ce dossier. Tout le monde doit être calme et arrêter les surenchères et les slogans. Il faut se diriger vers un traitement calme de ce dossier en Conseil des ministres. Le Premier ministre a promis aux députés de traiter ce dossier avec le ministre du Travail et nous avons appelé à un dialogue libano-palestinien. Ce dialogue doit avoir lieu et le travail des Palestiniens doit être abordé sous cet angle. Si on veut privilégier les travailleurs libanais au détriment des non-Libanais, il y a bien d’autres travailleurs non-Palestiniens qu’on peut évoquer avant.

Nous demandons donc que les surenchères s’arrêtent et que le dossier soit traité d’une façon objective, morale, raisonnable et humaine, loin des peurs.

Le dernier point, dans le cadre du gouvernement porte sur ce que j’aoi lu dans la presse, ces derniers jours. On a dit que j’allais prononcer un discours le vendredi et que je trancherai le dossier gouvernemental à cette occasion, en disant vers quelle orientation il se dirigera.

Si vous me le permettez, je voudrais donner quelques éléments de base pour comprendre nos positions, avant d’annoncer celles-ci. Car, dans ce pays, les mêmes personnes et les mêmes parties disent une chose et son contraire, au même moment et parfois dans un même discours ou un même article.

D’abord, certains disent constamment que le Liban est actuellement gouverné par le Hezbollah. J’en ai déjà parlé. Pour ceux-là, le Hezbollah contrôle le gouvernement et le Parlement. Croyez-moi, nous avons souffert pour obtenir une amélioration de l’impôt de 2% sur les produits importés et ce n’est qu’à la dernière minute que ce point a été réglé. Donc, pour ceux-là, le Liban, le parlement, les autorités judiciaires, les services de sécurité, l’armée, les administrations publiques, le port, l’aéroport, les points de passage frontaliers, sous terre et sur terre, tout est contrôlé par le Hezbollah. C’est le plus grand mensonge de l’histoire du Liban. C’est faux et c’est une déformation de la réalité. Je peux donner chaque jour et pas seulement vendredi, une cinquantaine de preuves qui montrent le contraire et qui montrent que ce qui se passe au Liban ne plaît pas au Hezbollah et est au contraire à ce qu’il souhaite et espère. C’est le premier point.

Je vais juste préciser une chose. On nous accuse de paralyser l’action du gouvernement. Mais si ce gouvernement est celui du Hezbollah, pourquoi entraverait-il son action ? Si nous contrôlions effectivement le gouvernement et le pouvoir judiciaire, l’affaire de Qabrechmoun aurait été depuis le début déférée devant la Cour de Justice. Nous aurions réuni le Conseil des ministres, posé nos armes sur la table et exigé que le dossier soir déféré devant la Cour de Justice. Les ministres se seraient exécutés. C’est comme cela que ça se passe si on gouverne le Liban. Mais comment peut-on nous accuser de gouverner le pays et de nous paralyser nous-mêmes ?

Deuxième point : pourquoi cette insistance à dire que le Hezbollah gouverne le Liban ? Ils savent qu’ils mentent, qu’ils sont injustes et qu’ils déforment la réalité. Ils savent qu’ils font de la désinformation auprès de l’opinion publique libanaise. Ils ne le font pas comme cela. Ils ont des objectifs précis. Il ne s’agit pas de simples surenchères médiatiques. Ils ont des objectifs précis. L’un d’eux est de faire assumer au Hezbollah la responsabilité de tous les aspects négatifs des lacunes et de la corruption qui apparaissent chaque jour dans la situation actuelle. D’une façon plus directe il s’agit de dire : puisque vous gouvernez le Liban, pourquoi la situation y est-elle si mauvaise ?  Puisque le Hezbollah gouverne le Liban, pourquoi n’y a –t-il pas d’eau potable dans la banlieue sud ? Pourquoi ne trouve-t-il pas des emplois aux jeunes de la banlieue sud ? Alors le Hezbollah gouverne le Liban et il se prive lui-même d’eau potable et il ne cherche pas à trouver des emplois à ses jeunes. On cherche donc à rendre le Hezbollah responsable de tous les aspects négatifs de la situation qui est le fruit des années de guerre civile et de corruption…Il y a donc une volonté d’inciter le peuple contre le Hezbollah.

Le second point est que l’on veut aussi inciter l’extérieur contre le Liban et en particulier les Etats-Unis. Ce n’est pas une mince affaire. Il ne faut plus sourire lorsque quelqu’un déclare que le Hezbollah gouverne le Liban. Je dirais même que de tels propos devraient être traités sous l’angle judiciaire. Car il s’agit  d’une incitation des pays étrangers et en particulier des Etats-Unis contre le Liban, contre son économie, contre les aides qui lui sont promises, contre les banques, contre CEDRE, contre tout. Toute personne qui affirme injustement et de façon mensongère que le Hezbollah gouverne le Liban est en train de faire de l’incitation contre le Liban, d’inciter l’Arabie saoudite contre le Liban, d’inciter Israël contre le Liban. Car cela signifie qu’on dit à tous ceux-là, votre problème est avec tout le Liban, puisque le pays tout entier est gouverné par le Hezbollah. A mon avis, cela devrait constituer le début d’un dossier judiciaire. Non pas pour clore les bouches, mais arrêter le mensonge, la déformation et la désinformation.

Toujours dans le dossier interne, il y a une mauvaise compréhension de nos relations avec nos alliés. Ce n’est pas nouveau. Bien entendu, ce sont nos adversaires qui ne comprennent pas nos relations avec nos alliés, et non ces derniers, car nous avons un long passé dans nos alliances.

Nous traitons donc nos alliés avec respect. Nous ne leur imposons rien et nous ne leur demandons jamais de nous consulter avant de prendre telle ou telle décision ou dans leur vote. Ils prennent leurs décisions et agissent selon leurs propres considérations. Il arrive qu’un député de nos alliés, que nous avons aidé dans les élections adopte une position opposée à la nôtre au sujet d’un dossier. Nous respectons son attitude. Nous ne réagissons pas car nous estimons que c’est de son droit. Nous le respectons et nous respectons sa pensée. Nous respectons donc nos alliés. Nous ne leur imposons rien et nous n’exerçons aucune pression sur eux.  Je dirais même plus : c’est insultant de dire que le Hezbollah utilise ses alliés druzes sur la scène druze et ses alliés sunnites sur la scène sunnite, ainsi que ses alliés chrétiens sur la scène chrétienne. Je sais que certains disent cela. Et je sais que certains se comportent de la sorte. Il se peut donc que vous utilisiez vos alliés et que vous les considériez comme des instruments. Ce n’est pas notre cas. Nos alliés sont nos amis et nous les apprécions et les respectons. Nous n’acceptons pas d’utiliser nos amis et nos alliés. Toute déclaration contraire est une insulte pour eux et pour nous. Il faut garder cela en mémoire.

A partir de ces deux constantes, je vais aborder la question de Qabrechmoun dont on dit qu’elle a paralysé le pays.

Cet incident a eu lieu et il a provoqué la mort de personnes qui nous sont chères dans  le convoi du ministre Saleh al Gharib. Ce dernier a failli être tué. Je ne cherche pas à donner des classifications judiciaires. Je ne dis pas que c’est ou non une embuscade. C’est l’enquête qui le définira. Je sais qu’il y a eu un incident qui a provoqué des morts et des blessés et qu’un ministre du gouvernement actuel a failli être tué. Ce ministre est membre d’un parti. Le chef de ce parti, l’émir Talal, notre ami et allié,  a demandé que le dossier soit déféré devant la Cour de Justice, car elle a failli ébranler la paix civile et la sécurité dans le pays.

Je voudrais le répéter. L’émir Talal ne nous a pas consultés. Retenez cela. Nous n’avons deux langages, ni deux faces. Ce que je dis à l’émir Talal dans nos rencontres privées, je le dis aussi dans les médias. Et ce que je dis à quelqu’un en son absence, je le redis en sa présence. Nous sommes comme cela. Si les autres ne le sont pas, c’est leur affaire. L’émir Talal ne nous a donc pas consultés et il n’est pas de son devoir de le faire. Nous ne lui en faisons aucun reproche. Il n’a pas à nous consulter. Ce qu’il a fait est son droit le plus élémentaire, puisque c’est lui la victime et la cible et c’est lui qui décide au sujet de tout ce qui concerne son parti. Il a donc décidé et c’est son droit et nous autres, nous avons pris connaissance de sa décision comme tout le monde, à travers la télévision. Notre allié a eu des victimes et il a été attaqué injustement et de fait, cet incident a menacé la paix civile. Sa réclamation de déférer le dossier devant la Cour de Justice est donc justifiée. Nous nous tenons donc à ses côtés. Savez-vous ce que nous avons fait ? Nous avons dit à l’émir que nous nous tenons à ses côtés, ni plus, ni moins et n’en déplaise à ceux qui écrivent des analyses ou qui les disent à la télévision.

A partir de là, on a commencé qu’untel était visé. On a dit que le Hezbollah visait tel leader et tel leadership. De plus, malheureusement pour lui, car c’est insultant, on a dit que l’émir Talal est un instrument entre les mains du Hezbollah pour cibler tel parti et tel leader. C’est aussi insultant pour nous. Il a même été dit que l’émir était un instrument utilisé par le Hezbollah ou par la Syrie pour déclarer la guerre à telle personne, ou pour semer la discorde au sein de telle confession. Tout cela, ce sont des mensonges, de la diffamation, de la déformation des faits, de la désinformation auprès de l’opinion publique et une tentative d’échapper à la réalité et d’essayer de se retourner contre ce qui s’est passé. Nous ne bloquons pas la tenue d’un conseil des ministres, ni l’action du gouvernement. Nous nous sommes rendus à la première réunion après l’incident. Nous étions prêts à y assister, mais dans un climat de compréhension. Le Premier ministre a choisi de la reporter  car l’atmosphère était tendue et il pensait que si les ministres entrent dans la salle de réunion alors que l’un d’eux a failli être tué et qu’un autre est accusé d’être derrière cette tentative, des développements négatifs pourraient se produire. Le report a donc eu lieu. Nous autres, nous avons dit le lendemain, le surlendemain et nous disons chaque jour que le gouvernement doit se réunir. C’est le Premier ministre qui ne le veut pas car il craint les conséquences d’un climat tendu  sur le gouvernement. C’est normal, car après tout, il y a eu un problème. On ne peut pas ignorer non plus le sang des morts et le considérer comme un incident négligeable.

Il a été ensuite dit que le gouvernement se réunisse, sans aborder cette question. C’est étrange. Nous disons au contraire qu’il se réunisse et qu’il ouvre ce dossier, indépendamment  de l’issue de la discussion ou du vote. Il faut discuter. Un ministre a failli être tué. Sa voiture a été atteinte par 16 ou 17 balles. Comment dans ce cas, les ministres pourraient-ils se réunir, parler de questions ordinaires et ignorer le fait qu’un de leurs collègues a failli être tué ? Selon quelle logique ?

Je voudrais encore préciser que lorsque nous voulons combattre quelqu’un ou le prendre pour cible, nous le faisons directement. Si nous avons un problème avec quelqu’un nous l’affrontons directement, à travers nos médias ou face à face, de vive voix et sans détours. Seuls les faibles, les peureux agissent comme cela. Les hypocrites aussi. Ce n’est pas notre cas. Même si certains considèrent cela comme de l’intelligence. Pour nous, ce ne sont pas nos méthodes, ni nos principes. Que personne ne dise donc que le Hezbollah cherche à le viser, a un problème avec lui ou veut le prendre pour cible. Si c’était le cas, nous l’affronterions directement. Nous ne cachons pas derrière un allié ou un ami, ni derrière un média ou qui que ce soit. Le Hezbollah s’il a un problème avec quelqu’un, il y fait face directement. Il faut garder cela en tête, car le Hezbollah n’est pas faible, ni lâche, ni rusé. Nous avons suffisamment de courage, de logique et de foi dans notre bon droit pour affronter directement ceux avec qui nous avons un problème. Demandez à nos amis et alliés chrétiens du CPL si nous les avons jamais incités contre les Forces libanaises ? Lorsqu’ils ont conclu l’entente de Meerab, ils nous en ont informés. Nous leur avons dit alors : faites ce qui vous semble bon et ce qui est dans votre intérêt. Concernant la Rencontre consultative, nous faisions une médiation auprès du Premier ministre en lui conseillant de les recevoir et de discuter avec eux, car ils sont ses frères, ses proches. Au sujet de la communauté druze, notre souhait est de voir les leaders s’asseoir ensemble et discuter, pour régler leurs différends de la meilleure façon possible.    

Nous n’incitons donc aucune partie contre l’autre et nous ne l’avons jamais fait.

Pour tout cela, je le dis clairement, nous sommes avec la tenue d’un conseil des ministres dans les plus brefs délais. Et que le dossier de Qabrechmoun y soit discuté. Ce n’est pas normal non plus qu’un ministre de ce gouvernement ait failli être tué, alors que le Conseil des ministres discute de questions de routine.

Je comprends parfaitement le fait que tous ceux qui disent que le Hezbollah incite l’émir Talal et l’utilise, tout en paralysant le gouvernement, cherchent en réalité à faire pression sur nous pour qu’à notre tour, nous fassions pression sur l’émir afin qu’il renonce à son droit. C’est cela le but véritable de tous ces propos. Je réponds donc à tous ceux-là : Faites pression sur nous autant que vous le voulez, notre position ne changera pas. Elle est la même depuis le premier jour, lorsque nous avons dit à l’émir Talal : c’est vous qui avez perdu des martyrs, c’est votre parti qui a été ciblé, vous êtes nos alliés et nos amis, nous nous tenons à vos côtés. Nous voterons selon votre décision et nous ne vous lâcherons pas. A ceux qui attendent de nous une solution à cette affaire, nous disons que nous ne demandons pas à l’émir Talal de nous consulter et nous ne lui proposons pas des initiatives. Nous ne poserons non plus aucun véto sur aucune de ses décisions. Nous sommes au contraire avec toute décision qu’il prendra. C’est cela le respect, l’amitié et la préservation des droits des gens. Nul ne doit échapper aux conséquences de cette affaire. Il ne faut pas non plus amplifier le problème et parler d’une communauté entière visée, ou d’un leadership et d’un partis visés. Nul n’est visé. Il y a eu un incident. Il y a eu des martyrs, des gens ont été agressés, un pays a failli être ébranlé. Il y a des propositions de règlement. Discutez-en, dans ces limites et ne cherchez pas à amplifier l’affaire pour noyer le poisson.

Au sujet du Hezbollah, je voudrais dire qu’il ne paralyse pas le gouvernement. Si le Premier ministre convoque à une réunion demain, nos ministres y assisteront en premier. Il est normal que ce sujet de cette importance y soit discuté. Nous n’exerçons aucune pression sur l’émir Talal, ni sur nos frères dans ce parti, ni encore sur les familles des martyrs tombés. Nous sommes avec toute décision qu’ils prendront. S’ils veulent la Cour de Justice ou acceptent une autre formule, c’est à eux de décider. Nous nous tenons derrière lui et nous ne laisserons pas à découvert. D’ailleurs, je ne dis pas que la décision appartient à l’émir pour pousser ceux qui le souhaitent à faire pression sur lui. Non, je le dis pour au contraire dire : n’exercez aucune pression sur lui et ne vous attendez pas à ce que nous le fassions. La solution sera dans ce cadre et selon ce mécanisme.

Deux mots encore. Je démens de façon catégorique ce qu’a prétendu le représentant israélien au Conseil de sécurité, lorsqu’il a prétendu que le Hezbollah utilise le port de Beyrouth pour transporter des armes ou des pièces d’armes vers le Liban. Je démens cela en toute sincérité. Si cela avait été vrai, je ne l’aurais pas démenti, je me serais contenté de me taire. Je n’aurais pas eu besoin de dire que nous ne transportons pas d’armes à travers le port de Beyrouth. Il aurait suffi que je me taise. Mais je vous le dis aujourd’hui, ces affirmations s’inscrivent dans la volonté d’attirer une tutelle sur le Liban, une tutelle sur le port et l’aéroport, ainsi que sur les frontières. Ce qu’ils n’ont pas pu réaliser  et qui était un des objectifs de la guerre de juillet 2006, ils espèrent le réaliser ainsi en obtenant le déploiement au Liban de forces multinationales, notamment au port, à l’aéroport et aux frontières. Ces affirmations seraient donc le début de ce processus.

A ce sujet, il faut qu’il y ait une responsabilité nationale libanaise. Ce sujet ne doit pas entrer dans le bazar des surenchères. Si quelqu’un a un problème avec le Hezbollah, il ne doit pas mettre en danger le port de Beyrouth. Avec courage, clarté et sincérité, je dis solennellement que ces déclarations sont fausses. Je n’ai pas besoin de prêter serment, car je parle en toute franchise.

Le dossier des points de passage légaux et clandestins est vaste. J’en parlerai ultérieurement.

Pour conclure, je dois encore condamner  vivement la destruction par les Israéliens des maisons des Palestiniens à Jérusalem et leur détermination à judaïser cette ville. Ces actions s’inscrivent dans le cadre du « deal du siècle » et d’un certain appui arabe non déclaré, mais réel.

Certes, nous appuyons toute position palestinienne ainsi que la déclaration du président de l’Autorité palestinienne hier sur la suspension de l’application de tous les accords conclus avec l’ennemi israélien. Cela constitue sans conteste une pression réelle. Mais ce qui compte le plus pour les Israéliens et ce qui leur fait le plus mal, c’est l’arrêt de la coopération sécuritaire. Les Palestiniens le savent évidemment et ce n’est pas nous qui leur indiquons le chemin. Les Israéliens ne craignent pas la Cour pénale internationale, ni le Conseil de sécurité, ni personne. Ils ont les Américains pour les protéger où qu’ils soient. Les Américains mettront toujours un véto au sein du Conseil de sécurité en leur faveur. Mais le seul domaine qui peut faire mal aux Israéliens, c’est la coopération en matière de sécurité. Cette arme est entre les mains de l’Autorité et elle peut l’utiliser pour empêcher encore plus de destruction de maisons palestiniennes.

A nos frères et sœurs de Jihad al Binaa et à vous tous, je souhaite d’aller en paix.   

 

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