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Les deux grands partis britanniques sanctionnés dans les urnes

Les deux grands partis britanniques sanctionnés dans les urnes
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Par le Monde

Les municipales ont vu, jeudi, le recul des tories et du Labour, en raison de leur incapacité à mener à bien le Brexit.

Après des mois d’intenses luttes internes et de déchirements permanents, les deux grands partis traditionnels britanniques paient le prix électoral de leur débâcle sur le Brexit. Les élections locales, qui se déroulaient jeudi 2 mai dans la plupart des provinces d’Angleterre (hormis Londres) et en Irlande du Nord, représentent un sérieux avertissement pour le parti conservateur, comme c’était attendu, mais aussi, dans une moindre mesure, pour les travaillistes.

« On savait que les électeurs étaient mécontents de la façon dont les tories s’occupaient du Brexit, mais il apparaît qu’ils ne sont pas heureux non plus de la réponse que le parti travailliste y a apporté, analyse John Curtice, politologue à l’université de Strathclyde. Les électeurs désertent le système des partis traditionnels. »

Ce n’est peut-être qu’un coup de semonce. Les élections européennes, qui se tiendront dans trois semaines, sauf accord de dernière minute sur le Brexit, s’annoncent catastrophiques pour les deux principaux partis et ouvrent un boulevard à toutes les alternatives. En particulier, le nouveau Parti du Brexit, créé par Nigel Farage, est en tête des sondages, oscillant entre 27 % et 30 % de soutien seulement trois mois après sa création. Pour de nombreux Britanniques, l’idée de voter pour des députés européens presque trois ans après avoir choisi par référendum de quitter l’Union européenne est inadmissible.

Les conservateurs perdaient plus de 440 sièges de conseillers municipaux

Selon les résultats d’un peu plus de la moitié des autorités locales, vendredi matin, les conservateurs perdaient plus de 440 sièges de conseillers municipaux, par rapport au scrutin de 2015, sur environ 3 100 déjà comptés, tandis que les travaillistes reculaient de près d’une centaine de sièges. Face à eux, tous les autres progressaient : libéraux-démocrates, Verts, mais aussi de nombreux candidats sans étiquette.

Les nouveaux partis, celui de M. Farage mais aussi Change UK, un nouveau groupe anti-Brexit, ne présentaient pas de candidats, se concentrant sur les élections européennes.

La sanction va mettre la pression sur les leaders des deux grands partis, selon deux grandes fractures géographiques. Dans le Sud, les conservateurs, traditionnellement très présents, reculent lourdement. Les électeurs sanctionnent l’implosion des tories, qui s’est étalée à la vue de tous lors des interminables débats à la Chambre des communes ces derniers mois. « Ce qu’ils nous disent est qu’ils avaient voté pour le Brexit et qu’ils veulent qu’on s’exécute », reconnaît Helen Whately, vice-présidente du parti conservateur.

Les appels à la démission de la première ministre Theresa May se sont une nouvelle fois renouvelés vendredi. « Il faut changer la direction du parti, peut-être que le moment est venu », attaque Priti Patel, une ancienne ministre conservatrice pro-Brexit.

Le Labour a lui aussi souffert dans le nord

Dans le nord de l’Angleterre, bastion traditionnel des travaillistes, qui ont voté en majorité pour le Brexit, le Labour a lui aussi souffert. « Le message qu’on entend des électeurs est qu’ils ne sont pas contents de notre position sur le Brexit, reconnaît Steve Houghton, le maire de Barnsley, petite ville près de Leeds. Ils nous disent qu’il faut qu’on change. »

L’ambiguïté permanente de Jeremy Corbyn semble sanctionnée. Cet eurosceptique historique oscille entre la pression de ses membres – 80 % sont contre le Brexit – et le vote pro-Brexit des classes populaires, son soutien traditionnel. « Il y a deux principes opposés et nous essayons de les garder en tension, reconnaît Barry Gardiner, un ténor du Parti travailliste. Nous pensons qu’il est possible de réconcilier les deux mais, si le parti semble parler avec deux voix, le message est difficile à faire passer. »

Les négociations entre le gouvernement et le Parti travailliste pour dégager un compromis continuent. Devant un comité parlementaire mercredi, Mme May a laissé la porte ouverte à un possible compromis. La question-clé est de savoir si elle est prête à rester dans l’union douanière européenne, la principale exigence des travaillistes. Face aux questions ­répétées des députés, elle a refusé d’exclure cette possibilité.

Politiquement, le résultat des élections locales pourrait pousser les deux partis à chercher un compromis, pour éviter la sanction annoncée par les sondages. Derrière le Parti du Brexit de M. Farage, les travaillistes sont en deuxième place (entre 21 % et 27 %), et les conservateurs relégués loin derrière, en troisième position (de 13 % à 16 %).

Quant aux anti-Brexit, ils sont profondément divisés, chacun à 10 % environ, entre Parti des démocrates libéraux, Verts et Change UK, un autre nouveau parti créé par des députés démissionnaires des conservateurs et travaillistes. « Le système politique actuel est en train de s’effondrer, veut croire Jan Rostowski, un candidat de Change UK. Je suis persuadé qu’il y a une place au centre pour réussir une percée. »

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